ISBN/EAN 978-2-35935-319-8

264 pages

Format: 16 x 24 cm

octobre 2020

Le Langage

Le langage est un ferment d’incertitude. La signification n’y est pas seulement exprimée, précisée, corrigée, etc., elle est aussi destituée par la structure même de l’expression. Destituée par le système de signifiances, de glissements, de concurrences entre les signes eux-mêmes. Une destitution qui, sans rendre la signification fausse, la rend essentiellement confuse, relative, en attente même. Une destitution du sens qui tient aussi à la nature du rapport au monde que le langage instaure. Par lui, l’expérience se donne en se retirant comme intuition ; par lui, le monde se donne comme un horizon de sens que jamais aucune parole ne peut clore ; par lui, la raison constitue la science par la proposition et la règle, mais cette constitution s’effrite du fait de la réciprocité des concepts. Par lui, enfin, l’ordre politique du discours s’institue contre l’individu et la déviance. Ferment de confusion, le langage est aussi volonté de puissance.
Cette destitution virtuelle de la signification, cette menace qui pèse au cœur de la raison ont toujours inquiété les philosophes. Mais elles les ont aussi toujours inspirés, et ce depuis les commencements. La philosophie accueille en elle cette menace comme un ferment. Non seulement elle se doit d’interroger le langage, mais elle doit, pour elle-même, construire à chaque fois une nouvelle langue pour soutenir la réforme de la raison. C’est cette relation éprouvante, interminée et féconde que nous tentons d’exposer dans cet ouvrage. Nous y étudions des textes, et à travers eux, quelques grands auteurs qui ont compté dans la philosophie du langage. À partir de quelques textes majeurs précisément expliqués, nous nous livrerons à une petite exploration des incertitudes du langage.